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Les pages Facebook de collectivités, l’anti-débat citoyen

Écrit par Yann-Yves Biffe le .

 

Les sites internet des collectivités abandonnent les contenus rédactionnels souvent (cf chronique du mois de juillet), les espaces de commentaires toujours, pour les confier à Facebook. C’est devenu également le lieu de la mise en relation avec les administrés. Et pourtant, le débat ne s’y développe pas. Pourquoi ? Parce que Facebook n’est surtout pas fait pour cela et que les collectivités ne le veulent pas.

En plein coeur de l’été, la France alanguie sur la plage est secouée par une révélation de Rue89, pur player d’investigation sur le net. Le scoop touche de plein fouet les community managers des collectivités : la petite commune alsacienne de Hoenheim a ouvert une page facebook (hourra) mais y a banni les commentaires (horreur !).

Il ne s’agit pas d’une erreur technique ! La charte de la dite page précise que « Les échanges sur cette page feront l’objet d’une modération à posteriori. À ce titre, il a été décidé de supprimer systématiquement tous les commentaires. »

Le dogme de base du bon community manager est battu en brèche. C’est comme si vous entriez dans une boucherie vegan ! La page facebook pensée pour générer de la participation entre la collectivité et ses fans l’interdit ! Evidemment, les community managers s’étranglent, d’autant que la charte pose ses conditions en les légitimant par un « cette charte a été rédigée afin que cette page puisse être un lieu d’échange agréable pour tous. »

Pourtant, cette ligne de conduite extrémiste, qu’un élu local explique par un définitif « Notre objectif, c’est de communiquer, pas de discuter » est peut-être moins hypocrite que nombre d’autres et plus partagée (en off) qu’on ne le croit.

Ca laisse à constater que Facebook n’incite pas (vraiment) au débat

Facebook est naturellement et nativement un média d’affinité. C’est la place virtuelle où l’on se retrouve entre gens qui aiment bien le sujet central de la page. Et comme les gens aiment bien leur ville, en général, alors ils adhèrent massivement à la page de leur collectivité. Et sur cette page, on aime et on dit qu’on aime. On n’est pas là pour dire du mal. C’est ce qui fonde la communauté.

Si on dit du mal, on s’exclut du groupe, qui vous le fait savoir. Ainsi, avec un peu de patience, les trolls sont souvent remis en place par des fans fidèles qui vous permettent de fédérer votre communauté face à la menace.

D’ailleurs, sur Facebook, tout est parti d’un pouce en l’air. Il a été rejoint par un coeur, des rires… mais pas de pouce vers le bas. Le système Facebook est pensé pour être positif, et après tout, c’est plutôt agréable.

Sauf que l’algorithme qui sous-tend le système vise à vous rapprocher des gens avec qui vous avez le plus d’affinités. Là aussi, c’est plutôt agréable et cela part d’une bonne intention : Facebook détecte ce qui vous plaît et va dans votre sens.

Il vous soumet également des lectures sur des thèmes que vous avez déjà appréciés et écarte de facto ce qui vous est plus étranger. C’est valable pour des thèmes de posts, mais aussi pour les personnes avec qui vous échangez. Mais du coup, vos lectures Facebook vous laissent dans un entre-soi confortable, dans lequel vous trouvez des propos qui vont dans votre sens.

Romain Ligneul pour Libération reprend l’expression d’Eli Pariser de « bulles de filtre » pour résumer le fait que « le réseau social personnalise constamment notre expérience pour nous montrer des contenus avec lesquels nous sommes déjà d’accord ou à propos desquels nous éprouvons un intérêt a priori ».

Comme l’énonce la doctorante Sarah-Anaïs Achache qui a présenté les bases de ses recherches lors de la journée du CNFPT d’Angers sur le panorama de l’actualité internet des collectivités : « la proximité qui se construit grâce aux médias sociaux est médiée (pré-conçue et contrainte) par un agencement socio-technique produit par un acteur tiers. »

Plus trivialement dit, même si les collectivités fournissent les ingrédients, c’est l’équipe de Mark qui assemble les plats pour faire le menu. Et Mark vous donne à manger ce que vous aimez. C’est le principe de l’homophilie, mis en avant par la chercheuse Danah Boyd.

Ca laisse à penser que les collectivités… veulent éviter le débat démocratique.

Analysant la participation des habitants sur internet, Sarah-Anaïs Achache voit dans les médias sociaux une participation en trompe-l’oeil. Pour elle, les collectivités ont « des attentes fortes en matière d’interaction avec les habitants compte-tenu des possibilités techniques mais également du rapport de quotidienneté des habitants à un outil massivement utilisé. Ces médias permettent aux utilisateurs de prendre connaissance, de partager et de réagir aux contenus publiés ». Pour autant, «  La portée participative des ces outils paraît faible aujourd’hui, compte-tenu des stratégies éditoriales qui y sont déployées ».

En fait, les collectivités ne veulent pas de débat. Surtout, pas de débat. Comme les taverniers dans les westerns ou les albums d’Astérix, le tenancier de page de collectivité ne veut pas de bagarre dans son établissement.

Ainsi, les collectivités ont une ligne éditoriale (souvent sans le savoir), qui n’engendre pas le débat. Elles sollicitent la participation, mais sur des sujets confortables, peu ambitieux souvent. On y parle aménagements et services, spectacles et renseignements pratiques.

L’objectif est que l’habitant aime (like), commente si possible (et positivement, cela va de soi) et le fasse savoir à ses amis, surtout. Les posts doivent être consensuels pour générer beaucoup de partages pour faire émerger le territoire et l’image positive de son exécutif. C’est plus l’usager du service public qui est sollicité que le citoyen.

Du coup, tous les sujets politiques sont évités. L’expression engagée, militante est renvoyée à d’autres pages, celles des élus, des partis, des listes de campagne… ou sur celles des médias locaux. Certaines collectivités ont même nommément banni, dans leur charte d’utilisation, toute expression politique sur la page de la collectivité… dont la raison d’être, au final, est la gestion et la valorisation des réalisations du politique.

Facebook donne donc à voir, sur les pages des collectivités, une conception « laïque », neutre, de la politique : ni pour l’un ni pour l’autre, dans le respect de tous. C’est tout à fait compréhensible et efficace afin de fédérer un large public autour de valeurs qui sont partagées par toute la communauté. Je ne dénonce pas cet état de fait que j’encourage même. Mais on ne peut que constater que c’est au détriment du débat d’idée.

Après, sans doute vaut-il mieux pas de débat d’idée qu’un échange informe de personnes qui ne cherchent pas à s’écouter mais juste à faire connaître leur point de vue… Le débat à la française quoi, et pas seulement sur Facebook…

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Les jeunes ont-ils quitté Facebook ?

Écrit par Yann-Yves Biffe le .

 

En cette rentrée scolaire, posons-nous la question : où sont passés les jeunes ? Ils auraient déserté Facebook... Le réseau préféré des collectivités n’aurait plus aucun intérêt pour leur parler… Vrai ou faux ? Rassurez-vous, si le réseau des réseaux n’est plus leur terrain de jeu favori, il y a toujours des jeunes sur facebook… mais pas forcément ceux que vous vous attendiez à voir !

Le 23 août dernier, le Blog du modérateur titrait « Les jeunes délaissent Facebook au profit de Snapchat et Instagram ». C’était donc vrai cette rumeur relayée par nombre de personnes averties ou pas ? Donc il ne faut plus de page Facebook pour parler aux jeunes ?

Minute ! L’affirmation reste à relativiser, en particulier selon l’âge des jeunes...

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Le site internet doit-il être utile pour l’usager ou pour le politique ?

Écrit par Yann-Yves Biffe le .

 

Construits sur l’information rédactionnelle, les sites internet de collectivité ont progressivement changé pour répondre aux véritables attentes de leurs utilisateurs et devenir des supports de renseignement et de services en ligne. Où en êtes-vous dans la galerie de l’évolution ?

Ca donne à constater l’échec du site orienté actualités

Ils rigolaient bien mes collègues à l’époque. Jeune dircom, j’avais été invité au congrès de l’innovation publique INOP à Nantes en 2009 pour témoigner de ma vision du rôle du dircom face à l’évolution d’internet pour les collectivités locales...

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Les Français attachés à des services publics de proximité, mais plus efficaces

Écrit par Yann-Yves Biffe le .

 

Le nouveau Président et son gouvernement vont s’attacher à réduire les déficits publics. Peuvent-ils le faire en réduisant le services publics de proximité ? Les Français ont dit non : indirectement dans les urnes en votant FN, et dans un sondage ici présenté. Les usagers pensent-ils pour autant ces services publics comme immuables ? Non, ils souhaitent les voir évoluer pour qu’ils soient pleinement en marche.

Le nouveau président de la République Emmanuel Macron a beau sur plusieurs aspects passer pour un magicien (ou avoir beaucoup de réussite), il va être rapidement confronté à la réduction du déficit public. Et si beaucoup de questions se posent sur la politique que va mener le nouveau gouvernement, les collectivités savent que leurs ressources vont être encore être réduites.

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Dépenses publiques : payez plus pour dépenser moins !

Écrit par Yann-Yves Biffe le .

 

Comparer les prix c’est bien. Mais comparer le coût total d’un produit, c’est encore mieux. Car au-delà du coût d’achat, c’est bien la somme de tous les coûts liés à une action, jusqu’à sa suppression, qui doit guider le conseil des managers publics et la décision des élus. Cette nouvelle façon de voir, intégrée dorénavant dans le code des marchés publics, doit permettre au global et sur la durée, de réaliser de belles économies ou, pour le moins, d’engager la collectivité en connaissance de cause.

Un service public doit-il être rentable ? La Gazette des Communes a posé cette question au tout début de l’année, entre le 6 décembre et le 5 janvier, à 318 fonctionnaires territoriaux. Ceux-ci ont répondu, sans surprise, non à 84 %.