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Notre smartphone, c'est tout nous !

Écrit par Yann-Yves Biffe.

 

Maslow aurait-il pu imaginer que le smartphone allait un jour se placer à la base de la pyramide des besoins humains ? Aujourd'hui, les usages d'internet doivent déjà se penser en fonction de ce petit format qui prend tellement de place dans nos vies. Demain, les villes seront-elles aménagées afin de lui donner l'autonomie nécessaire pour nous rassurer en permanence ?

J'ai perdu mon smartphone. Ce n'est pas grand-chose, quasi anecdotique au regard des événements tragiques qui nous entourent. Mais le petit objet a pris tellement de place dans nos vies que cette péripétie interroge : cette excroissance intelligente égarée, on se sent tout nu, comme s'il nous manquait un organe. Un organe qui sert vraiment, pas un appendice. Une prise de courant sur l'extérieur. Et sans, on se sentirait presque coupé du monde, tout du moins de ses mails, sms, de son carnet d'adresses, de facebook et de twitter… D'un monde virtuel mais qui prend aujourd'hui une grosse place.

 

La stricte valeur marchande de l'objet importe moins que l'interface qu'il représente et l'analyse des sociologues en la matière (telle celle de Michaël Stora dans INfluencia) rejoint l'observation empirique que chacun peut établir en prenant un peu de recul, au besoin forcé.

 

Ca donne à considérer le smartphone comme premier vecteur d'internet

De fait, le smartphone est devenu le support (device) majeur d'internet, et avec lui de toute vie connectée ou presque.

D'après l'article de Frédéric Thérin, 20,7 millions de smartphones ont été vendus en France en 2015, contre 3,7 millions de téléphones mobiles classiques, selon l’institut GfK. « Cette proportion s’est totalement inversée par rapport à 2010 (7,7 millions contre 17 millions). »

D'après Florence Berthier, toujours pour Influencia, les Français l'utilisent pour :

  • communiquer (« textoter » pour 80%, réseaux sociaux pour 61%…),

  • se divertir (musique, vidéos, images, jeux),

  • faire du sport (18%)

  • régler des questions administratives (20%).

Mais on le consulte aussi en moyenne 5 fois par jour notamment pour faire des recherches d’achats tous azimuts qu’il s’agisse :

  • de vêtements (51%),

  • de technologies (47%),

  • d’accessoires (45%),

  • de cosmétiques,

  • de vacances (38%),

  • d’assurances (30%)…

 … lui faisant tenir le rôle précieux de catalogue. Pourtant il est trois fois moins utilisé pour acheter (1/3 dont 26% espèrent le faire plus dans les 12 prochains mois), alors que 41% s’en servent pour trouver le meilleur prix.

C'est déjà une réalité, elle deviendra un automatisme car ces usages sont encore plus importants chez les 16-34 ans :

  • 51% utilisent leur mobile pour faire des recherches sur internet (contre 41% en général)

  • ils procèdent avec lui en moyenne à deux achats par semaine (contre 1 par semaine pour le reste de la population).

Le déploiement de la 4G va renforcer son usage : la même étude montre qu'« on utilise (le smartphone) en moyenne 2 heures par jour pour surfer, surtout si on a la 4G (55% contre 35% pour les usagers de la 3G). »

Le smartphone est le point de convergence des sphères professionnelle et privée, de la vie publique et de l'intime, de contrôle de son environnement comme de l'expression personnelle...

 

Ca donne à voir le monde au format poche

Tout déploiement sur internet doit donc être pensé en fonction de ce support physique, quel que soit le secteur d'activité, y compris celui des collectivités.  Le baromètre des territoriaux de la Gazette des Communes publié le 28 mars dernier montre ainsi que 74 % des fonctionnaires territoriaux considèrent que les services publics doivent être accessibles sur mobile.

Le format de poche dicte l'évolution des application et sites internet, même si les petits écrans ont tendance à grossir : « Les grands écrans de 5 à 5,3 pouces en particulier sont de plus en plus populaires, puisqu’ils représentent désormais 33 % des ventes. » selon Influencia.

Ainsi, en pensant smartphone, on applique à facebook un régime minceur alors que le roi des réseaux permet logiquement de longs développements. Twitter, 140 signes dont une image, est évidemment le fils naturel du smartphone.

Au creux de la main, qui plus est en mobilité, dans le bus ou entre deux rendez-vous, vous avez juste le temps de jeter un coup d'oeil à l'écran, pour une photo ou une phrase, pas de prendre connaissance de grands développements.

Même l'esthétique sur internet est inspirée des smartphones : les sites full screen, avec de grandes photos sur toute la largeur de l'écran, donnent un magnifique rendu sur ordinateur ou tablette. Mais ça donne aussi et surtout une grande lisibilité sur smartphone.

Cela n'a pas que des avantages. Selon le professeur Lejoyeux, spécialiste en addictologie et directeur des services de psychiatrie des hôpitaux Bichat (AP-HP) et Maison-Blanche, « cet outil ne concède que des becquées d’information. Tout ce qui dépasse deux lignes devient trop long… Cela m’inquiète beaucoup. Les professionnels de la santé vont devoir faire quelque chose pour lutter contre ce phénomène. » La capacité à développer l'attention, la concentration, à structurer un propos cohérent est remise en cause.

 

Ca donne à utiliser au mieux la faiblesse du smartphone : l'énergie

Après l'échec des Google glass, le smartphone s'affirme comme le développement ultime du cerveau augmenté… avant que cet ordinateur miniaturisé soit effectivement implanté dans nos boîtes crâniennes.

On l'utilise en moyenne 221 fois par jour, selon l'étude Tecmark. « Cette bestiole-là n’est pas vitale, mais lorsque ses batteries sont vides ou qu’ils ne la retrouvent plus, les gens ressentent un véritable manque » constate Michel Lejoyeux.

De fait, le talon d'achille du smartphone réside dans son autonomie. Certaines marques s'en sont saisies. Ainsi l'exemple mis en avant par Laetitia Faure dans l'article « Relation client : 3 nouveaux services à surveiller » sur Influencia.net :

« Afin d'attirer et fidéliser le consommateur, la marque doit pouvoir lui offrir une expérience pertinente allant bien au delà du simple produit ou service habituellement proposé. La chaîne de vêtements Pull & Bear propose de recharger son smartphone gratuitement pendant que le client découvre le magasin. Des casiers sécurisés équipés de multiples chargeurs sont à sa disposition à l’entrée. Ce service gratuit constitue un bon moyen de convaincre le client de s’attarder quelques minutes de plus dans son magasin. Pour prouver l’excellent retour sur investissement, l’étude menée par GFK rappelle que le panier moyen augmente de 29% auprès de ceux qui ont rechargé leur téléphone en magasin. »

Voilà sans doute une idée à développer dans nos collectivités locales. Nous travaillons à développer des façons de mettre les gens en relation autour d'événements. Nous étudions des façons d'aménager l'espace urbain afin d'augmenter le plaisir à vivre ensemble.

Pourquoi ne pas imaginer des espaces où habitants et visiteurs pourraient recharger leurs batteries de téléphone et les leurs propres, sur des places publiques, grâce à des mobiliers adaptés ?

Il faudra cependant gérer parallèlement la question des marginaux dont les regroupements font mauvais ménage avec la tranquillité publique (ou l'idée que s'en fait la population) et l'attractivité commerciale. Pourtant, qui dit « sans domicile » dit pourtant « avec téléphone mobile ». On a beau être à la rue, on peut cependant avoir un réseau et vouloir y rester connecté.

La SNCF a notamment remarqué que beaucoup de regroupements de marginaux dans les gares étaient liés à la proximité de prises de courant pour recharger leurs téléphones.

Pour tous, vous et moi, riches ou miséreux, le téléphone mobile a donc pris place à la base de la pyramide des besoins humains...

 

Post scriptum : Si vous avez trouvé un smartphone HTC avec protection clapet noir, merci de me laisser un message...

Soyez informés des nouvelles chroniques illustrées via twitter : @yyBiffe.

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