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Les entreprises servent-elles mieux l’intérêt général que l’État ?

Écrit par Yann-Yves Biffe.

 

Malaise : les Français n’ont plus confiance en l’État et reportent leurs espoirs sur les entreprises. Attente principale : être utile, entendez par là assurer de l’emploi. Les collectivités locales peuvent-elles redorer le blason de la puissance publique ?

Ca donne à croire que les entreprises apportent plus d’espoirs que l’État

Surprise : pour les Français, les organisations les plus utiles sont les entreprises, selon une étude réalisée par Terre de Sienne et l’IFOP en juillet 2016 et présentée par Influencia. 60 % des Français les considèrent plus utiles que l’État, quelles que soient les convictions politiques.

Cela montre en premier lieu la faillite à donner de l’espoir de l’État, dont la mission première est fondamentalement d’apporter de l’utilité à ses administrés-citoyens. Seulement 10 % des français considèrent les responsables politiques parmi les figures utiles à la société. Ils payent collectivement les promesses non tenues et surtout leur impuissance face à une économie financiarisée et globalisée. Les Français ont bien compris que les décisions concernant l’avenir d’une grosse société ne passent plus par les ministères et se prennent ailleurs, voire très loin.

Qui pour prendre le relais ? Les Français reportent leur espoirs sur les entreprises. Loin des caricatures populistes faisant de tous les patrons d’infâmes profiteurs, ils considèrent les PDG de grandes entreprises à 62 % et surtout les patrons de PME à 88 % comme les plus utiles à la société. Loin devant les directeurs de marketing à 19 % et de la communication à 14 %. C’est la prime à la proximité et à la prise de risque. Et aussi un peu à la façon dont la question a été posée dans ce sondage, ne le cachons pas non plus. LE simple fait d’annoncer une une enquête auprès des Français sur leur perception de l’utilité de l’entreprise pouvant sur-valoriser celle-ci.

A la question «  à qui l’entreprise doit être la plus utile », la 1ère réponse est « à la société dans son ensemble » pour 51 %, devant les client à 34 %… et loin devant les actionnaires à 3 % !

Il y a cependant un problème. Il peut y avoir de nombreux dirigeants, surtout de PME effectivement, qui ont une conscience sociale et ressentent une responsabilité par rapport à leurs salariés. Cependant, le but d’une entreprise n’est pas d’être utile. Il est de faire du profit. Il n’est pas de produire pour créer de l’emploi, il est d’utiliser les emplois pour produire et en tirer un bénéfice.

Donc l’entreprise contribue à l’utilité sociale par son action, mais ce n’est pas sa finalité. On ne peut donc pas juger la valeur d’une entreprise à son utilité et elle n’a aucun intérêt à agir en fonction de ce critère.

Sauf que ce sondage nous montre que l’utilité est perçue par les Français, donc par les consommateurs.

L’utilité est alors incluse dans l’image globale que se font les consommateurs sur une marque et indirectement sur ces produits, ce qui peut générer une attractivité supplémentaire traduite en ventes. Le leitmotiv « achetez français » n’est pas passé de mode.

« L’utilité perçue est un capital puissant qui contribuent à solidifier l’entreprise, au-delà de la seule image de marque. Elle protège durablement l’entreprise, parce qu’elle la rend difficilement substituable aux yeux des Français, quand ce n’est pas incontournable. Y compris quand celle-ci souffre d’un certain désenchantement ou d’une crise d’image. Dans leur communication, les entreprises doivent d’abord chercher à identifier à quoi elles peuvent être utiles, pour leurs parties prenantes et plus largement pour la société toute entière ; puis valoriser cette utilité en adoptant une posture authentique, au service de l’intérêt général autant que de leur propre business » selon Jean-François Le Rochais, président du groupe Terre de Sienne.

Autre enseignement de ce sondage : l’utilité est d’abord entendue pour les Français comme la capacité à créer voire à préserver de l’emploi.

C’est une information intéressante dans le contexte de la présidentielle. Ca n’a rien d’original, la préoccupation des Français n° reste l’emploi, encore et toujours et sans doute plus que jamais. Le débat sur l’identité ne perdure que parce qu’il est amené par l’inquiétude sur la sécurité, et conservé sur la couverture des médias parce que c’est un bouc-émissaire pratique et habituellement réservé aux extrêmes sur les difficultés d’apporter de l’emploi à tous.

Ainsi, une entreprise utile, c’est une entreprise qui crée des emplois pour 84 % des répondants, devant celle qui contribue au lien social (l’un passant par l’autre) ou qui fait progresser la recherche, toutes deux à 37 % (plusieurs réponses possibles).

Ca donne à penser que le secteur public peut encore être reconnu

Alors, le secteur public est-il un mort-vivant en sursis puisque sa raison d’être semble devoir être portée par des organisations privées ?

Non. Tout d’abord parce que les entreprises perçues comme les plus utiles sont… les entreprises publiques !

1è : La Poste et la SNCF avec 91 % de répondants la considérant comme utile ;

3è : EDF avec 90 % ;

devant

4è : Michelin avec 89 % ;

5è : Leclerc avec 88 % (comme quoi, faire croire qu’on défend le consommateur, il en reste quelque chose...)

Si les moyens de les atteindre sont parfois discutés, leurs objectifs restent indiscutablement partagés par tous les bénéficiaires.

« Les entreprises « en or » allient bonne réputation ET utilité : en rapprochant les critères d’image positive et d’utilité, on retrouve dans le top 5 Michelin, Leroy Merlin, Leclerc, Airbus et Peugeot. Leur point commun : un service historiquement centré sur l’usager et ses besoins, un positionnement reposant sur la proximité, l’authenticité, l’ancrage territorial ».

Dites-donc ! Service centré sur l’usager, proximité et ancrage territorial ? Mais cela ressemble bigrement à nos collectivités territoriales !

Un sondage ne peut répondre à toutes les questions, mais on pourra fortement regretter que le sondage n’aie pas introduit la figure des collectivités locales dans le questionnement.

En effet, les collectivités partagent avec l’État les prérogatives de puissance publique et l’obligation de réponse à l’intérêt général mais semblent moins usées sur le front de l’utilité. Si elle est en perte de vitesse, l’image du maire est bien moins abîmée que celle de l’homme politique national.

Les collectivités, par une action de proximité au plus près des entreprises, montrent également tous les jours leur volonté sur le marché de la création de l’emploi, dans les limites de leurs possibilités financières et dans le cadre réglementaire strict défini par le droit européen. Le développement du marketing territorial en témoigne, même si le gain se fait parfois au détriment de d’autres bassins français.

Alors oui, l’intérêt général suscite toujours des attentes et non, les entreprises ne peuvent pas en être les seules gestionnaires. Ce n’est pas leur rôle même si elle y concourent forcément par voie de conséquence… aux côtés des collectivités locales qui en sont les premiers garants.

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